De simple loisir pratiqué occasionnellement, la photographie est devenue au fil des années une véritable passion, passion qui plonge ses racines dans le bien-être que j'éprouve au contact de la nature. J'ai une approche que je qualifierais volontiers de méditative, dans le sens où je cherche avant tout à passer du temps dans la nature, sans me forcer à produire des images. Je préfère nettement explorer, me laisser surprendre, chercher des compositions qui collent à l'émotion du moment, même s'il m'arrive aussi de partir avec une idée précise du type d'image que je veux faire ou du projet sur lequel je veux travailler.
En 2008, après plusieurs années de pratique en 35 mm, j'ai décidé de me lancer dans la photo traditionnelle à la chambre 4x5 pouces, dite "grand format" (les films se présentent sous forme de feuillets de 10x12 cm). Je n'ai jamais regretté ce choix de l'argentique à l'ère numérique, pour de mutiples raisons que je n'expliciterai pas ici. Plus convaincu que jamais que la photo sur film a encore toute sa place au 21ème siècle, j'ai récemment décidé de diversifier mes approches, non seulement avec le sténopé (appareil sans objectif fonctionnant sur le principe de la camera obscura) mais aussi avec divers appareils moyen format entièrement mécaniques.
La très grande majorité de mes photos sont prises dans un rayon modeste autour de mon domicile. Photographier dans des endroits que l'on connaît bien, où l'on retourne régulièrement au fil des saisons et des années, permet à mon avis de déceler des éléments plus subtils, de réaliser des "portraits" plus profonds du paysage, de créer des images qui sont plus que de simples "cartes postales". Je préfère cent fois la poésie d'un petit pâturage perdu dans le Jura qu'une vue épique au super-grand angle de quelque lointaine montagne que tout le monde admirera pendant une demi-seconde mais qui ne suscitera aucune émotion.
Même si toutes mes sorties photo sont axées sur la photo de paysage, je photographie aussi volontiers la trace de l'humain, la morsure du temps sur des objets abandonnés ou semblant l'être... J'aime quand l’envie de figer l’instant devient nécessité, et l’acte photographique est pour moi indissociable d’un questionnement ontologique.
Mars 2021